Trafigura se retire du projet d’interconnexion électrique Angola-RDC-Zambie

Le groupe suisse Trafigura abandonne son implication dans un projet stratégique de ligne haute tension destinée à acheminer 2 000 MW depuis les barrages angolais vers les bassins miniers de cuivre et de cobalt de la région. Ce retrait fragilise une initiative clé pour résoudre le déficit énergétique chronique qui freine l’expansion minière du Copperbelt.

En juillet 2024, Trafigura avait signé un protocole d’accord avec ProMarks et le gouvernement angolais pour étudier la construction d’une vaste infrastructure électrique régionale. Le projet prévoyait une ligne à haute tension en courant continu capable de transporter jusqu’à 2 000 MW d’électricité produite par les barrages hydroélectriques angolais vers les principaux bassins miniers de la République démocratique du Congo et de la Zambie.

Selon Reuters, Trafigura s’est finalement retiré du dossier. Les autorités angolaises affirment que les discussions se poursuivent avec d’autres partenaires potentiels, sans préciser l’identité des investisseurs susceptibles de reprendre le projet. Ce départ constitue un revers pour une initiative considérée comme l’une des principales solutions aux contraintes énergétiques de la région.

Le déficit énergétique destiné aux opérateurs miniers dépasse déjà 1 500 MW selon le ministère congolais des Mines. Cette pénurie force plusieurs exploitations à recourir à des groupes électrogènes alimentés au diesel, une solution coûteuse qui réduit la compétitivité des producteurs et augmente leur empreinte carbone. Le complexe minier de Kamoa-Kakula, exploité par Ivanhoe Mines et parmi les plus grands projets cuprifères mondiaux, illustre cette réalité : il aura besoin d’environ 240 MW pour fonctionner à pleine capacité avec ses trois phases de production et sa future fonderie.

L’Angola dispose actuellement d’environ 1,5 GW de capacité hydroélectrique inutilisée, selon la Banque africaine de développement. Ce surplus pourrait atteindre près de 3,5 GW d’ici 2027 avec l’entrée en service de nouvelles infrastructures. L’exportation d’électricité vers les régions minières de la RDC et de la Zambie représente une opportunité économique majeure pour Luanda, permettant de rentabiliser ses investissements énergétiques.

Le retrait de Trafigura ne signifie pas l’abandon des ambitions régionales. Plusieurs initiatives alternatives continuent d’être développées. Meridia Energy travaille sur deux projets majeurs : une ligne Soyo-Inga-Cabinda pouvant transporter 800 MW pour 450 millions de dollars, et une liaison Lauca-Kolwezi de 1 400 MW évaluée à 1,25 milliard de dollars, avec une mise en exploitation prévue à l’horizon 2030. Hydro Link, une société américaine, prépare également une interconnexion entre l’Angola et la RDC estimée à 1,5 milliard de dollars, incluant une ligne de 1 200 kilomètres et cinq postes électriques destinés à alimenter les provinces du Lualaba et du Haut-Katanga.

Pour le long terme, le projet Inga 3 demeure l’infrastructure la plus attendue pour transformer durablement le paysage énergétique congolais. En attendant sa réalisation, Kinshasa et Luanda poursuivent leurs discussions sur d’autres connexions électriques, notamment une ligne entre Malanje et Fungurume ainsi qu’une liaison reliant la province angolaise du Zaïre au complexe d’Inga, pouvant permettre un transfert de 2 000 MW.

Source :Zoom Eco – Interconnexion électrique Angola-RDC-Zambie : le départ de Trafigura fragilise un projet clé pour les mines de cuivre et de cobalt

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