À Abuja, les autorités nigérianes et marocaines ont réaffirmé leur engagement sur le gazoduc Nigeria-Maroc, un mégaprojet de 5 600 à 6 900 kilomètres visant à transporter le gaz nigérian vers l’Europe via le Maroc. Amina Benkhadra, directrice de l’Office national des hydrocarbures et des mines marocain, a présenté cette infrastructure comme un levier majeur pour convertir les réserves gazières africaines en accès à l’énergie et en opportunités économiques régionales.
Le gazoduc Nigeria-Maroc reprend de l’élan diplomatique et technique. Lors de la 25ᵉ Semaine nigériane du pétrole et du gaz (NOG Energy Week), tenue à Abuja le 8 juillet, Amina Benkhadra, directrice générale de l’ONHYM depuis 2003, a défendu ce projet stratégique comme un instrument de transformation énergétique du continent. Le gazoduc, également appelé gazoduc africain atlantique, doit relier les réserves gazières du Nigeria au réseau de distribution marocain, puis se raccorder aux infrastructures européennes existantes.
Le projet s’inscrit dans un portefeuille gazier continental évalué à 30,5 milliards de dollars. Outre le gazoduc Nigeria-Maroc (25 milliards de dollars), ce programme inclut un gazoduc Nigeria-Guinée équatoriale (2,5 milliards) et le projet de gaz naturel liquéfié d’UTM Offshore (3 milliards). Les autorités nigérianes envisagent que le président Bola Tinubu et le roi Mohammed VI signent un accord intergouvernemental au quatrième trimestre 2026, après achèvement des études techniques préliminaires.
Amina Benkhadra a souligné que les vastes réserves gazières africaines n’ont pas encore généré les retombées économiques attendues, faute d’infrastructures suffisantes et de connexions efficaces entre les marchés régionaux. Le gazoduc Nigeria-Maroc pourrait, selon elle, accélérer l’accès à l’électricité, soutenir les industries et élargir les bénéfices économiques à l’échelle continentale. Le ministre d’État nigérian Ekperikpe Ekpo a qualifié cette infrastructure d’« artère stratégique » de prospérité africaine partagée, dotée de pertinence mondiale.
Le Nigeria poursuit parallèlement un objectif ambitieux : porter sa production de gaz à douze milliards de pieds cubes par jour d’ici à 2030. Olalekan Ogunleye, vice-président exécutif chargé du gaz à la Compagnie nationale nigériane des hydrocarbures (NNPCL), a précisé que cette cible nécessite des investissements massifs dans toute la chaîne de valeur. Cet accroissement de volume doit alimenter trois secteurs : la production d’électricité, les applications industrielles et les usages énergétiques émergents.
Le Nigeria renforce également ses connexions régionales via le gazoduc ouest-africain, exploité par la West African Gas Pipeline Company Limited (WAGPCo). Cette conduite de 690 kilomètres en service depuis 2011 devrait augmenter ses livraisons vers le Bénin, le Togo et le Ghana. En parallèle, le pays poursuit deux chantiers intérieurs majeurs : Ajaokuta-Kaduna-Kano et Obiafu-Obrikom-Oben (OB3), destinés à alimenter les centrales thermiques et réduire les rejets gazeux.
La relance du gazoduc Nigeria-Maroc reflète une diplomatie régionale renouvelée. Les discussions entre la ministre nigériane des affaires étrangères Bianca Odumegwu-Ojukwu et son homologue marocain Nasser Bourita ont préparé cette réactivation. Le projet avait été ralenti par sa complexité technique, son coût élevé, les risques sécuritaires au Sahel et les tensions géopolitiques régionales. Amina Benkhadra, ancienne ministre marocaine de l’énergie, apporte à l’ONHYM une expertise de ces dossiers énergétiques stratégiques.
Source :Barlamane – À Abuja, Amina Benkhadra érige le gazoduc Nigeria-Maroc en test majeur pour les réserves gazieres africaines, l’acces a l’energie et les debouches vers l’Europe