Le Pakistan déploie l’énergie solaire à la vitesse record mondiale

Face aux défaillances chroniques du réseau électrique, des millions de foyers pakistanais s’équipent massivement de panneaux solaires sans aide de l’État. Cette mobilisation citoyenne fait du Pakistan le plus grand importateur de panneaux chinois en 2025.

Le Pakistan connaît actuellement le déploiement d’énergie solaire le plus rapide au monde. Cette expansion remarquable n’est ni planifiée par l’État ni soutenue par des subventions publiques, mais portée par l’initiative privée massive de millions de foyers confrontés à une crise électrique chronique.

Selon les données disponibles, le Pakistan a importé plus de panneaux solaires chinois qu’aucun autre pays en 2025, reflétant l’ampleur de cette transition énergétique portée par le peuple. Cette mobilisation citoyenne s’explique principalement par les coupures électriques récurrentes qui affectent le pays depuis des années. Face à l’insuffisance du réseau national, les ménages ont adopté une stratégie de résilience en investissant dans des solutions décentralisées.

Jan Rosenow, professeur à l’université d’Oxford, qualifie ce phénomène de révolution « portée par le peuple ». Cette caractérisation souligne le rôle central des citoyens dans la transition énergétique pakistanaise, en contraste frappant avec les modèles d’adoption solaire observés dans d’autres régions du monde, généralement pilotés par des politiques gouvernementales ou des incitations tarifaires.

Cependant, cette dynamique positive masque des inégalités persistantes. Les ménages les plus pauvres restent largement exclus de cette transition solaire, faute de moyens financiers pour acquérir les équipements nécessaires. Cette fracture énergétique révèle une problématique majeure : tandis que les foyers disposant de ressources suffisantes accèdent à une électricité fiable et décarbonisée, les populations vulnérables demeurent dépendantes d’un réseau défaillant ou contraintes au recours à des solutions énergétiques coûteuses et polluantes.

Pour la région de l’Afrique de l’Ouest et le Sénégal, l’exemple pakistanais offre des enseignements pertinents. Le continent africain connaît également des défis structurels d’accès à l’électricité et de fiabilité du réseau, particulièrement dans les zones rurales. Le modèle pakistanais démontre que face à des défaillances institutionnelles, les investissements solaires décentralisés peuvent émerger de manière organique. Cependant, cette approche « par défaut » pose la question de l’équité : comment éviter que la transition solaire n’amplifie les disparités existantes entre populations urbaines aisées et communautés rurales ou défavorisées ?

Au Sénégal et en Afrique de l’Ouest, où le secteur énergétique cherche à concilier électrification rurale, réduction des émissions et durabilité financière, le défi consiste à créer des cadres politiques et des mécanismes de financement inclusifs. Ceux-ci doivent permettre une adoption solaire plus équitable que celle observée au Pakistan, en associant les initiatives privées à des soutiens publics ciblés vers les populations les plus vulnérables.

La leçon du Pakistan est double : d’une part, la demande d’électricité fiable crée naturellement des opportunités pour l’énergie solaire décentralisée ; d’autre part, sans intervention régulatrice et financière adéquate, cette transition risque de renforcer les inégalités sociales plutôt que de les atténuer.

Source :Presse-citron – Les 3 bonnes nouvelles de la semaine

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