L’Afrique face au coût exorbitant du financement énergétique renouvelable

Selon la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, le continent dispose de ressources renouvelables exceptionnelles mais reste paralysé par des taux d’emprunt quatre fois supérieurs à ceux des États-Unis, freinant la transition énergétique indispensable à son développement.

L’Afrique concentre environ 60 % du potentiel solaire mondial et 20 % du potentiel géothermique, une richesse énergétique qui pourrait transformer ses économies. Pourtant, cet avantage comparatif reste largement inexploité. Selon le rapport 2026 de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (UNECA), l’accès au financement demeure le principal obstacle au déploiement massif des énergies renouvelables sur le continent.

Pour atteindre l’objectif continental de 300 gigawatts de capacités renouvelables à l’horizon 2030, l’UNECA estime que le rythme annuel d’installation doit quadrupler, passant de 8 GW actuellement à plus de 32 GW. Cette accélération nécessiterait des investissements considérables. Le coût d’installation du solaire photovoltaïque s’établit à 691 dollars par kilowatt, tandis que l’éolien terrestre atteint 1 041 dollars par kilowatt. Les chiffres deviennent spectaculaires pour l’éolien offshore (2 852 dollars par kW) et le solaire à concentration (3 677 dollars par kW).

Le secteur solaire apparaît comme le plus prometteur avec plus de 23 GW de nouvelles capacités attendues d’ici 2028. L’Afrique du Sud, l’Égypte et le Maroc mènent cette croissance, tandis que les systèmes solaires hors réseau gagnent du terrain dans les zones rurales. L’éolien poursuit sa progression : la capacité installée est passée d’environ 1 GW en 2015 à près de 20 GW en 2025.

L’hydrogène vert émerge comme une opportunité majeure. Plusieurs pays se positionnent strategiquement. L’Afrique du Sud intègre l’hydrogène dans ses secteurs miniers et manufacturiers. Le Kenya vise 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2030 en remplaçant le diesel par l’hydrogène vert dans le transport lourd. La Namibie prévoit des projets massifs pour exporter de l’hydrogène vers l’Europe. L’UNECA estime que ce secteur pourrait contribuer 4,1 milliards de dollars au PIB namibien d’ici 2030, avec la création de 280 000 emplois.

Cependant, le financement crée une impasse structurelle. L’Afrique ne représente que 2 % des investissements mondiaux dans les énergies propres, malgré des ressources énergétiques disproportionnées. Les coûts d’emprunt dépendent des régions : 2,8 % aux États-Unis, 5,5 % en Asie-Océanie, 7,1 % en Amérique latine-Caraïbes, mais 9,8 % en Afrique. Cet écart de plus de sept points de pourcentage par rapport aux États-Unis rend les projets renouvelables africains considérablement moins compétitifs.

Le stockage par batteries revêt une importance stratégique pour pallier l’intermittence des énergies renouvelables. Environ 600 millions d’Africains pourraient rester privés d’accès fiable à l’électricité dans les prochaines années, tandis que 150 millions risquent une instabilité d’approvisionnement. La capacité de stockage actuelle de l’Afrique est estimée à 18 GWh, insuffisante face aux besoins croissants.

Face à ce défi, l’UNECA appelle à une réforme de l’architecture financière internationale pour réduire le coût d’accès au capital. Sans cette transformation, même les baisses technologiques ne suffiront pas à accélérer la transition énergétique africaine, compromise par des conditions de financement qui pénalisent structurellement le continent.

Source :Agence Ecofin – Solaire, éolien, hydrogène : le potentiel énergétique africain menacé par un financement trop cher (6e partie)

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