La Tanzanie accélère son développement gazier pour l’export et l’électrification

La Tanzanie s’apprête à franchir un tournant majeur dans son secteur gazier. Après des années de négociations, le projet Tanzania LNG de 42 milliards de dollars, porté par Shell, Equinor et ExxonMobil, approche sa décision d’investissement finale. Au-delà des exportations, le gaz domestique doit soutenir l’électrification du pays et son industrialisation.

La Tanzanie est à un moment charnière pour son secteur énergétique. Après des années d’exploration, de négociations et de retards, les vastes ressources gazières offshore du pays s’apprêtent à devenir un moteur majeur de croissance industrielle, de revenus d’exportation et de sécurité énergétique domestique.

Actuellement, la Tanzanie produit environ 226 millions de pieds cubes de gaz par jour, soutenant environ 42% de la production électrique nationale ainsi que des consommateurs industriels, dont des fabricants de ciment, des usines de fabrication de métaux et des brasseries. Ces chiffres ne représentent qu’une infime partie des réserves gazières estimées à 57 billions de pieds cubes, dont environ 47 billions sont situés en offshore dans le sud-est, près des immenses réserves du Mozambique voisin.

Le projet Tanzania LNG, estimé à 42 milliards de dollars, reste au cœur de cette ambition. Il comprend le développement des gisements exploités par Shell (Blocs 1 et 4) et par Equinor et ExxonMobil (Bloc 2), ainsi qu’une usine de liquéfaction côtière près de Lindi avec une capacité de production de 10 à 15 millions de tonnes par an, répartie sur deux trains de liquéfaction. Selon la modélisation d’Equinor, ce projet augmenterait le PIB annuel tanzanien d’environ 7%.

Les négociations sur les conditions fiscales, les arrangements réglementaires et les accords commerciaux ont pris plus de temps que prévu, retardant la décision d’investissement finale (FID). Cependant, la plupart de ces questions ont été résolues. En janvier 2026, les autorités gouvernementales ont indiqué que la FID serait conclue en juin, bien qu’elle n’ait pas encore été signée. Le projet semble désormais plus probable que jamais.

Sur le plan énergétique domestique, la Tanzanie envisage d’utiliser une partie de ses réserves gazières pour soutenir son électrification. Le gouvernement a fixé un objectif d’électrification à 100% d’ici 2030, comprenant 75% via le réseau et le reste hors réseau ou via des micro-réseaux localisés. Le gaz naturel peut fournir une capacité de base stable pour soutenir une augmentation plus rapide des capacités de production d’énergie renouvelable, jouant un rôle similaire au grand projet hydroélectrique Julius Nyerere, complété en avril 2025 sur le fleuve Rufiji avec une capacité de 2 115 MW, qui a doublé la capacité génératrice nationale.

Au-delà de la production électrique, le gouvernement tanzanien voit le projet LNG comme un catalyseur pour l’industrialisation. Des usines de gaz-électricité existantes comme le complexe Kinyerezi, près de Dar es-Salaam, ont déjà positionné le gaz naturel comme élément central du système électrique tanzanien. De nouvelles installations comme Kinyerezi III, possiblement avec une capacité de 1 000 MW, pourraient recevoir du gaz des mêmes gisements alimentant l’usine LNG.

La Tanzanie explore également son potentiel en tant que fournisseur régional de gaz ou d’électricité produite à partir du gaz, notamment vers le Kenya, l’Ouganda et le Malawi. Le pays dispose d’avantages concurrentiels : ses réserves sont situées sur des routes maritimes non restreintes vers les marchés en croissance en Inde, Chine, Japon et Corée du Sud.

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