Le 16 et 17 juillet 2026, la Chine a fait adopter la création de la World AI Cooperation Organization (Waico), une nouvelle enceinte de gouvernance de l’intelligence artificielle. Dix pays africains, dont le Sénégal, figurent parmi les 29 États fondateurs. Ce positionnement soulève des enjeux majeurs pour la souveraineté numérique du continent face aux blocs émergents.
Une nouvelle architecture de gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle est née lors d’une rencontre à Shanghai les 16 et 17 juillet 2026. La Chine a réuni 29 pays autour de la création de la World AI Cooperation Organization (Waico), une organisation intergouvernementale dont elle accueille le siège. Le président Xi Jinping a présenté l’initiative comme une symphonie de coopération internationale plutôt qu’un solo d’un seul pays, invoquant les principes de la Charte des Nations unies et une approche centrée sur l’humain.
Parmi les États fondateurs figurent dix nations africaines : l’Algérie, le Cameroun, le Congo, l’Éthiopie, le Kenya, le Lesotho, le Mozambique, le Sénégal, l’Afrique du Sud et la Zambie. Ces ralliements s’ajoutent à ceux de la Russie, du Brésil et de plusieurs pays d’Asie centrale et du Sud-Est asiatique. Cependant, le texte fondateur de la Waico demeure une charte de principes plutôt qu’un corpus de règles contraignantes : il ne fixe ni seuil de puissance de calcul, ni régime de licence, ni mécanisme d’application obligatoire.
Cette initiative chinoise intervient dans un contexte géopolitique marqué par l’émergence simultanée d’autres blocs. Les États-Unis ont porté leur coalition Pax Silica de 24 à 35 membres depuis le début de 2026, incluant l’Union européenne, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie, l’Inde et le Royaume-Uni. Contrairement à la Waico, Pax Silica fonctionne comme un club de sécurisation des chaînes d’approvisionnement stratégiques en semi-conducteurs, intelligence artificielle et terres rares, avec des projets concrets financés et des mécanismes d’application légers mais pro-innovation.
Pour l’Afrique, cette asymétrie mérite attention. Aucun pays africain ne figure parmi les 35 membres de Pax Silica, tandis que dix participent à la Waico. Le Sénégal illustre particulièrement cette dynamique. Doté d’une des politiques numériques les plus structurées du continent—grâce au financement chinois du data center de Diamniadio, à sa couche logicielle confiée à Microsoft et à son exploitation assurée par des ingénieurs nationaux—Dakar a construit sa stratégie sur la diversification des partenaires plutôt que sur un alignement idéologique unique. Rejoindre la Waico s’inscrit dans cette continuité : une démarche pragmatique de participation aux espaces où les règles s’écrivent, plutôt qu’une simple affirmation identitaire.
Ces deux blocs révèlent une réalité plus profonde : la puissance numérique repose désormais sur six piliers étroitement liés : l’énergie, les semi-conducteurs, les infrastructures, les données, les modèles d’intelligence artificielle et la capacité à peser sur les règles de gouvernance mondiale. Pour les États africains, l’enjeu consiste à transformer la concurrence actuelle entre puissances en levier de développement, en négociant auprès de chacune—États-Unis, Chine, Union européenne, Inde ou pays du Golfe—des transferts de technologie, des infrastructures de calcul et une localisation accrue de la valeur ajoutée, plutôt que de choisir un seul camp.
Source :Socialnetlink – La nouvelle architecture de la puissance – Géopolitique numérique, intelligence artificielle et souveraineté : quels choix stratégiques pour l’Afrique ?