Face aux tensions géopolitiques croissantes entre l’Iran et les États-Unis, les pays producteurs du Golfe développent des oléoducs alternatifs pour contourner le détroit d’Ormuz. Pourtant, aucune solution existante ne peut actuellement remplacer cette voie vitale qui transite 20 millions de barils par jour.
Le détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique entre l’Iran et Oman, demeure l’artère principale du commerce pétrolier et gazier mondial. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), environ 20 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers y transitent quotidiennement, représentant un quart du commerce mondial de pétrole par voie maritime. Cette voie assure également le transport de près d’un cinquième des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié, avec 80 % des cargaisons destinées à l’Asie.
Les nouvelles tensions entre l’Iran et les États-Unis, avec reprise des échanges de tirs un mois après la signature d’un accord intérimaire, font une fois de plus grimper les prix du pétrole et relancent les interrogations sur la continuité d’approvisionnement. Cette situation renforce la volonté des pays producteurs de réduire leur dépendance à cette voie maritime critique.
Plusieurs alternatives existent déjà. L’Arabie saoudite dispose de l’oléoduc Est-Ouest (Petroline), un réseau de 1 200 km reliant les champs pétrolifères orientaux au terminal de Yanbu en mer Rouge, avec une capacité portée à 7 millions de barils par jour en 2019. Les Émirats arabes unis opèrent l’oléoduc d’Abu Dhabi (ADCOP) de 406 km, reliant Habshan au port de Fujairah sur le golfe d’Oman, contournant entièrement le détroit. L’Iran a également construit un pipeline de 1 000 km de Goreh à Jask, conçu pour transporter un million de barils par jour, bien que les sanctions et l’infrastructure incomplète maintiennent le débit bien en deçà de sa capacité.
Cependant, l’AIE estime que ces solutions ne peuvent détourner que 3,5 à 5,5 millions de barils par jour, bien en deçà des 20 millions transitant habituellement par le détroit. Des contraintes pratiques limitent davantage leur utilité : les terminaux de Yanbu n’ont jamais été conçus pour traiter des volumes aussi importants aussi rapidement, selon les experts.
Ces voies alternatives ont elles-mêmes fait l’objet d’attaques. En mars, les Émirats arabes unis ont accusé l’Iran de frappes contre les installations de Fujairah. En avril, des attaques contre Petroline ont interrompu la production de 700 000 barils par jour, bien que Saudi Aramco ait rétabli la pleine capacité en trois jours.
De nouveaux projets sont envisagés pour diversifier les routes d’exportation. L’oléoduc Kirkouk-Ceyhan, reliant le nord de l’Irak au port turc de Ceyhan, a rouvert en septembre 2025 après deux ans et demi d’arrêt, atteignant 250 000 barils par jour en mars 2026. L’Irak exporte environ 3,4 millions de barils quotidiens, dont 95 % transitent par Bassora et le détroit d’Ormuz.
Des projets plus ambitieux comme le corridor des Quatre Mers ou la réactivation de l’oléoduc Kirkouk-Baniyas vers la Méditerranée syrienne sont discutés. Toutefois, ces itinéraires exposeraient les exportateurs à d’autres dépendances géopolitiques, notamment envers les États de transit comme la Turquie, et restent vulnérables à l’instabilité régionale et aux attaques contre les infrastructures.
Bien que les États du Golfe cherchent activement à réduire leur exposition au détroit d’Ormuz, les experts s’accordent à dire que le détroit conservera une importance majeure dans l’approvisionnement énergétique mondial à court et moyen terme.
Source :BBC Afrique – Détroit d’Ormuz : des routes alternatives peuvent-elles assurer la continuité de l’approvisionnement en pétrole et en gaz du Golfe ?