À Cotonou, le Maroc promeut une nouvelle approche de l’économie bleue africaine, incluant les énergies marines renouvelables. Avec 90 % du commerce mondial transporté par mer et un potentiel sous-exploité, le continent cherche à capitaliser sur ses façades littorales pour financer sa transition énergétique.
Les 23 États membres du Processus des États africains atlantiques (PEAA) ont convenu lors de leur 7e réunion ministérielle, réunie à Cotonou au Bénin, d’accélérer le développement d’un espace maritime africain plus intégré et sécurisé. Le Maroc, acteur central de cette initiative, insiste sur la nécessité de passer « d’une logique de concertation à une stratégie d’action » face aux tensions croissantes sur les routes commerciales mondiales.
L’enjeu économique est considérable. Environ 90 % du commerce mondial, représentant plus de 12 milliards de tonnes de marchandises et 18 000 milliards de dollars d’échanges annuels, transite par voie maritime. Récemment, la crise du détroit d’Hormuz en 2026 a perturbé près de 70 % du trafic pétrolier, provoquant une hausse des prix de l’énergie comprise entre 15 et 25 % et des ruptures dans les chaînes d’approvisionnement. Ces événements illustrent la vulnérabilité des économies africaines face aux chocs exogènes.
Pour l’Afrique de l’Ouest et le continent dans son ensemble, le potentiel reste largement inexploité. Bien que concentrant 17 % de la population mondiale et 20 % des terres émergées, l’Afrique ne dispose actuellement que de 5 % de la capacité portuaire mondiale. Selon les estimations présentées à Cotonou, une augmentation de seulement 5 % de la part africaine dans le commerce maritime mondial pourrait générer près de 900 milliards de dollars supplémentaires pour les économies du continent.
Sur le volet énergétique, le Maroc met l’accent sur les énergies renouvelables marines. Le Royaume ambitionne de porter la part des énergies renouvelables à 52 % de sa capacité électrique installée d’ici 2030, ayant déjà investi plus de 8 milliards de dollars dans ce secteur. Ses projets solaires majeurs, dont Noor, produisent l’équivalent de la consommation électrique de 2 millions de foyers. La déclaration de Cotonou encourage explicitement le développement des énergies marines et appelle à la mobilisation de financements cruciaux pour la transition énergétique africaine.
Les besoins du continent en cette matière sont estimés à plus de 100 milliards de dollars d’ici 2030. Le Maroc se propose de partager son expertise avec ses partenaires africains. Au-delà de l’énergie, l’économie bleue durable doit exploiter le potentiel de la pêche durable, l’aquaculture, le tourisme côtier et les biotechnologies marines.
Pour concrétiser cette stratégie, le Maroc s’appuie sur ses infrastructures portuaires de référence. Tanger Med traite plus de 150 millions de tonnes de marchandises annuellement et relie plus de 180 ports mondiaux. Le futur port Dakhla Atlantique est destiné à renforcer l’intégration logistique des États africains sans littoral. Ces infrastructures, associées à une modernisation des corridors portuaires verts, visent à garantir résilience, interconnexion et durabilité environnementale.
L’initiative répond également à des enjeux de sécurité. La piraterie est responsable de 95 % des enlèvements en mer mondiaux dans le golfe de Guinée. Le Maroc appelle à une coopération renforcée en matière de sécurité maritime, de partage du renseignement et de lutte contre les trafics transnationaux, la pêche illicite et les cybermenaces visant les infrastructures portuaires.
Source :Africa 24 – Afrique : le Maroc appelle à une stratégie maritime africaine