Face aux risques de flambée des prix liés aux tensions américano-iraniennes, le géant pétrolier italien Eni plaide pour une diversification des sources d’approvisionnement vers l’Afrique subsaharienne, seule stratégie viable à long terme selon son directeur général.
Les tensions entre Washington et Téhéran ont repris de plus belle quelques semaines après la signature, le 18 juin, d’un mémorandum d’accord entre les deux puissances. Cette instabilité ravive les inquiétudes sur les marchés pétroliers mondiaux. Claudio Descalzi, directeur général du groupe pétrolier italien Eni, a averti samedi 11 juillet que les prix du pétrole pourraient dépasser les 100 dollars le baril dès le début de l’année 2027 si la guerre se poursuit au Moyen-Orient.
Ces craintes ne sont pas sans fondement. Le conflit a d’ores et déjà contraint les navires pétroliers à contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance pour éviter le détroit d’Ormuz et le détroit de Bab el-Mandeb, allongeant les délais de transit de 10 à 14 jours. Cette situation augmente mécaniquement les coûts de fret et les primes d’assurance. Selon Descalzi, « il y a désormais un avant et un après Hormuz », marquant un tournant historique pour la sécurité énergétique mondiale.
Les risques de perturbations aux points de passage maritime stratégiques vont durablement augmenter les coûts de transport, de financement et les assurances, prévient le patron d’Eni. Une telle hausse des prix du pétrole alimenterait l’inflation mondiale et ralentirait la consommation d’énergie, avec des répercussions majeures sur les économies déjà fragiles de nombreux pays africains.
Jusqu’à présent, la libération coordonnée des réserves stratégiques par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a permis de contenir la hausse des prix. Cependant, Descalzi prévient que cette stratégie ne peut pas durer indéfiniment. Les stocks mondiaux de pétrole ont baissé en moyenne de 3,8 millions de barils par jour depuis le début du conflit, avec une accélération à 4,6 millions de barils par jour en mai 2026.
Face à cette impasse, Descalzi préconise une réorientation stratégique : « La solution à long terme est une plus grande sécurité énergétique par la diversification des sources et des routes d’approvisionnement ». Il appelle les acheteurs mondiaux à réorienter leurs approvisionnements vers les producteurs d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne, d’Amérique latine et d’Asie du Sud-Est, réduisant ainsi la dépendance aux passages maritimes contrôlés.
L’Afrique subsaharienne représente actuellement 19% de la production mondiale totale du groupe Eni, tandis que la Libye en représente 10%, selon le rapport annuel 2025 déposé auprès de la Securities and Exchange Commission américaine. Ces chiffres témoignent du potentiel du continent, bien que largement sous-exploité.
L’arrivée de l’intelligence artificielle aggrave le tableau énergétique. La multiplication des centres de données entraîne une hausse soutenue de la demande d’électricité, renforçant l’urgence de sécuriser des approvisionnements énergétiques fiables et diversifiés.
L’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) demeure plus optimiste, anticipant un Brent à environ 65 dollars le baril en 2027, soit 15 dollars de moins que ses prévisions de juin. Cette projection s’appuie sur la reprise progressive de la production mondiale et le rétablissement des flux commerciaux après le mémorandum d’accord américano-iranien, une hypothèse que les derniers développements rendent déjà obsolète.
Source :Agence Ecofin – Pétrole : Eni prévient d’une flambée des prix et préconise de miser sur l’Afrique